Question de bruschette

Qui n’a pas encore croqué ce croustillant croquant  et craquant délice de simplicité ?

Plus que d’une onomatopée, le mot bruschetta dérive du verbe bruscare, contraction dialectale de abbrustolire : « griller » (ou « torréfier » pour le café).

Son origine remonterait aux Etrusques du centre de l’Italie, entre le sud de la Toscane (la Maremme, la région de Grosseto) et le nord du Latium.  Cette délicieuse tartine n’était pas un hors-d’œuvre traditionnel ou branché, mais bien une collation humble, popularisée par les cultivateurs qui travaillaient dans les champs, ou constituait le dîner complet des gardiens de troupeaux.

bruschetta

On la mange particulièrement en Italie dans les zones productrices d’huile d’olive et la bruschetta peut changer de nom selon les régions : fettunta (tranche huilée) en Toscane,  fedda ruscia (tranche grillée) en Calabre,  panunto (pain huilé) dans la plupart des lieux. Si elle se déguste souvent en entrée ou avant une pizza, elle sert aussi bien sûr à la dégustation de l’huile nouvelle.

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Le réconfort du nombre zéro

Dans un précédent post culinaire, nous avions vanté le pouvoir revigorant des pâtes à la carbonara. Ceux parmi vous qui sont parvenus à réaliser la recette pourront témoigner de ses effets régénérateurs. Ceux qui, par contre, ressentiraient encore des carences, sans doute plus profondes, ancrées dans la sphère du psychologique et d’une maigre estime de soi, trouveront peut-être maintenant du réconfort à la lecture de l’un des plus connus poètes romains : Trilussa.

nummeriConsidéré avec Gioacchino Belli comme le principal représentant de la langue romanesque, il partage avec lui une ironie cinglante et un cynisme effronté, l’aversion des puissants, l’amour pour le peuple et sa populaire noblesse.

Par sa brève poésie “Nummeri”, qui date de 1944 et fait clairement référence à la parabole fasciste des petits hommes qui se firent grands, Trilussa vous offre un petit remontant au cas où vous avez la dignité de vivre sereinement la modeste conscience de votre normalité et de ne pas accorder à la légère votre consentement à qui en fera piètre usage, décidément.   Lire la suite

Le cinéma romain de Luigi Magni

Il y a un réalisateur romain qui, plus que tous, a cherché de porter à l’écran Rome et l’esprit traditionnel des Romains: il s’appelle Luigi (Gigi) Magni, 1928-.

A partir de 1969 (avec « Les conspirateurs ») et pour au moins 20 ans, il s’est « spécialisé » dans des films entre histoire et farce, situés dans la Rome papale du XVIème ou du XIXème siècles.

Dans une forte veine anticléricale, mais avec une manifeste admiration pour les hommes, les idées et les sentiments.

Les conspirateurs Les protagonistes de ces pellicules sont souvent des héros qui déclinent un héroïsme de « cru romain » : des carbonari révolutionnaires destinés sans beaucoup de gloire à l’échafaud, des écrivains clandestins et subversifs (dans la tradition de la statue parlante du « Pasquino »), des hommes d’Eglise éclairés avec quelques faiblesses humaines et un certains sens de l’ironie, comme le Filippo Neri de « State buoni se potete » ou le père Colomb de « Au nom du pape roi », ou encore l’astucieux Felicetto de li Caprettari de « Mesdames et Messieurs, bonsoir », le Cavaradossi ou la Tosca de l’opéra puccinien.

En toile de fond, il y a une ville qui montre à travers ses ruines le lourd fardeau de la gloire passée et, au premier plan, l’austère puissance de l’Eglise de Rome, peut-être oublieuse de sa propre mission d’instruction pastorale. Au milieu, le peuple veule et le plus souvent ignorant se traîne avec une indolence résignée. Lire la suite