La « pajata » disparue

Aujourd’hui, un post iconoclaste: destructeur, polémique, irrévérent.

Soyons francs, nous briserons certains mythes avec cruauté: de nombreuses traditions romaines disparaissent peu à peu, des lieux typiques et caractéristiques se transforment, la ville peine à conserver son âme ancienne. Les Romains sont en train de changer, leurs habitudes se modifient. Certains quartiers résistent, mais l’image qui se transmet aux étrangers n’adhère pas toujours à la réalité. Rome absorbe les coutumes de ses habitants, qui rarement sont nés ou ont grandi ici.

pajata

Les périphéries populeuses pèsent lourdement sur le noyau culturel; le prix des logements et les difficultés de déplacement obligent les jeunes générations à vivre aux marges de l’Urbs. Le centre historique demeure une île sans pont, vivante jusqu’au coucher du soleil, désertée ensuite, livrée aux touristes et aux employés des administrations pendant la semaine, et cernée de trafic. Lire la suite

Mise en bouche idiomatique

La plupart des expressions idiomatiques ne sont pas transférables d’une langue à une autre. Le délicieux livret de Geneviève Blum  Les Idiomatics français-italien (Seuil, Points Virgule, 1990), illustré par Nestor Salas, s’amuse à en translater certaines mot par mot, en ouvrant parfois ainsi de nouvelles images poétiques. Nous y avons sélectionné pour vous les expressions françaises qui incluent, plus souvent d’ailleurs dans leur équivalent italien, un élément lié à la nourriture. Bonne dégustation !

Appeler un chat un chat : Dire pane al pane e vino al vino ⟶ Dire pain pour le pain et vin pour le vin

Arriver comme un cheveu sur la soupe : Arrivare come i cavoli a merenda ⟶ Arriver comme les choux au goûter *

Courir plusieurs lièvres à la fois : Mettere troppa carne al fuoco ⟶ Mettre trop de viande au feu

Rendre à quelqu’un la monnaie de sa pièce : Rendere a qualcuno pan per focaccia ⟶ Rendre à quelqu’un du pain pour de la fougasse

Tomber de Charybde en Scylla : Cadere dalla padella nella brace ⟶ Tomber de la poêle dans la braise

mise-en-bouche

Les Idiomatics français-italien  (Seuil, Points Virgule, 1990), pp. 84-85

 

* Synonyme ici d’incongruité, le chou se retrouve dans de nombreuses expressions italiennes fort courantes,  comme « Sono cavoli miei » (Ce sont mes affaires) ou « Non vale un cavolo » (Cela ne vaut rien). Il s’agit parfois d’un euphémisme pour un mot vulgaire désignant le sexe masculin. Dans le même esprit s’utilise souvent l’interjection  « capperi ! » (câpres) ou, particulièrement dans la capitale, « cazzarola ! » (à l’origine, en romain, synonyme de casserole).

Question de bruschette

Qui n’a pas encore croqué ce croustillant croquant  et craquant délice de simplicité ?

Plus que d’une onomatopée, le mot bruschetta dérive du verbe bruscare, contraction dialectale de abbrustolire : « griller » (ou « torréfier » pour le café).

Son origine remonterait aux Etrusques du centre de l’Italie, entre le sud de la Toscane (la Maremme, la région de Grosseto) et le nord du Latium.  Cette délicieuse tartine n’était pas un hors-d’œuvre traditionnel ou branché, mais bien une collation humble, popularisée par les cultivateurs qui travaillaient dans les champs, ou constituait le dîner complet des gardiens de troupeaux.

bruschetta

On la mange particulièrement en Italie dans les zones productrices d’huile d’olive et la bruschetta peut changer de nom selon les régions : fettunta (tranche huilée) en Toscane,  fedda ruscia (tranche grillée) en Calabre,  panunto (pain huilé) dans la plupart des lieux. Si elle se déguste souvent en entrée ou avant une pizza, elle sert aussi bien sûr à la dégustation de l’huile nouvelle.

Lire la suite

Quand s’ouvre le kiosque de la grattacheccha…

Dans les rues de Rome, les kiosques sont des repères, des lieux de halte et de croisement pour le sourire des habitués.

Certains matins non pressés, on salue plus longuement le marchand de journaux du quartier, on choisit sa revue préférée, puis on décide de feuilleter au bar sa Repubblica ou son Corriere. L’edicola est rarement fermée, elle suit le fil des actualités, du coin familier puis du monde éloigné, voire étranger.  

Les kiosques à fleurs, ouverts jusqu’à très tard, surprennent, offrant au regard une jolie impression : chacun pourrait avoir l’envie ou le besoin d’offrir des couleurs à la nuit. Les fleuristes, au sens de magasins spécialisés en décoration florale, ne se développent ici que depuis peu d’années. Généralement, le Romain invité à manger chez des amis, apporte une  bouteille de vin ou un dessert, le plus souvent de la glace ou des pâtisseries.

le kiosque de la grattacheccha

Le kiosque de la grattachecca, lui, est un des symboles de l’été. Cette boîte rectangulaire et austère est fermée de novembre à mai, avec ses volets sombres ou verts. Les cerisiers fleurissent, les platanes le long du Tibre se reverdissent, le beige remplace brusquement l’élégance noire des vêtements, les premières chaleurs approchent. Et puis, un jour, un jour, le parallélépipède s’ouvre, s’anime, s’articule – mère et fils, mari et femme, avec un entrain nouveau, donnent coups de brosse et de pinceau. Coulisses à ciel ouvert pour une ouverture toute proche. Lire la suite