Le réconfort du nombre zéro

Dans un précédent post culinaire, nous avions vanté le pouvoir revigorant des pâtes à la carbonara. Ceux parmi vous qui sont parvenus à réaliser la recette pourront témoigner de ses effets régénérateurs. Ceux qui, par contre, ressentiraient encore des carences, sans doute plus profondes, ancrées dans la sphère du psychologique et d’une maigre estime de soi, trouveront peut-être maintenant du réconfort à la lecture de l’un des plus connus poètes romains : Trilussa.

nummeriConsidéré avec Gioacchino Belli comme le principal représentant de la langue romanesque, il partage avec lui une ironie cinglante et un cynisme effronté, l’aversion des puissants, l’amour pour le peuple et sa populaire noblesse.

Par sa brève poésie “Nummeri”, qui date de 1944 et fait clairement référence à la parabole fasciste des petits hommes qui se firent grands, Trilussa vous offre un petit remontant au cas où vous avez la dignité de vivre sereinement la modeste conscience de votre normalité et de ne pas accorder à la légère votre consentement à qui en fera piètre usage, décidément.  

Notre traduction française du texte original romanesque ne tient pas compte de la variation dialectale.

Nummeri

– Conterò poco, è vero:
– diceva l’Uno ar Zero –
ma tu che vali? Gnente: propio gnente.
Sia ne l’azzione come ner pensiero
rimani un coso voto e inconcrudente.
Io, invece, se me metto a capofila
de cinque zeri tale e quale a te,
lo sai quanto divento? Centomila.
È questione de nummeri. A un dipresso
è quello che succede ar dittatore
che cresce de potenza e de valore
più so’ li zeri che je vanno appresso.

Nombres

Je compte pour peu, c’est vrai,
-disait le un au zéro-,
mais toi qu’est-ce que tu vaux ? Rien: rien du tout.
En action comme en pensée,
tu restes une chose vide et de sens dénuée.
Moi, par contre, si je me mets à la tête
de cinq zéros comme toi,
tu sais ce que je deviens? Cent mille.
C’est une question de nombres. Plus ou moins
comme ce qui arrive au dictateur,
qui grandit en pouvoir et en valeur,
plus il y a de zéros derrière lui.

Ce contenu a été publié dans culture romaine, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.